Tourne ta langue sept fois

J’aimerais revenir sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur depuis quelques temps, en tant qu’étudiante en lettres d’une part et en temps que jeune féministe qui s’éduque d’autre part : le langage. Il m’est apparu tout récemment que le langage, en tant que produit d’une société, est éminemment révélateur de son fonctionnement intrinsèque, de ses modes de représentations, de sa mémoire collective, de ses fondements. En effet, les enseignants en langue le savent bien, s’imprégner d’une langue, c’est s’imprégner d’une culture, et donc également prendre conscience de certains différentiels. Or, là aussi, dans notre bonne langue française de 2013, il se trouve que de sévères traces de sexisme, machisme, patriarcat, perdurent. Et elles perdurent si bien que certains des mots les plus anodins en disent long sur la condition des femmes dans la société, leur perception, sans que personne y trouve quoi que ce soit à redire. Enfin, presque personne. Ces féministes, qu’est-ce qu’elles veulent encore ?!

Comme je ne sais pas vraiment par où commencer, parce qu’en dépit du fait que ma conscience d’un tout soit des plus aiguë,  j’ai bien du mal à l’exprimer, je propose une liste de termes, expressions et tournures, qui me semblent relever d’un sexisme/machisme/patriarcat (au choix en fonction des circonstances) aberrant, et qu’il me paraît important de signaler. Rien que de pointer du doigt ces quelques… maladresses de la langue française envers les femmes, je me sentirai déjà un peu mieux. Attention, bile amère qui tache.

Le cas Mademoiselle

Ah, le débat qui met tout le monde d’accord ! Entre les femmes qui s’indignent de ce que ce joli terme mettant en valeur leur fraîcheur/jeunesse disparaisse (NB : moi aussi je trouvais ça joli, sauf que je me suis un peu interrogée au-delà de ce que je trouvais joli, comme souvent) et certains qui se font une joie de brandir cet exemple comme la preuve que les féministes sont stupides et militent pour des conneries… Chacun y va de son commentaire souvent bien à-propos : supprimer un aussi joli mot, franchement mais y’a pas plus important à faire, comme je sais pas moi, s’occuper du viol aha… Ben ouais, on s’en occupe aussi figurez-vous, et on est bien au fait des tactiques pour nous décrédibiliser, d’ailleurs, si on parle de viol, vous pouvez être sûrs qu’on va encore nous faire comprendre que ça dérange parce que tous les hommes ne sont pas comme ça et… Bon je vais pas refaire l’intégralité de mon précédent billet entre parenthèses non plus hein. Bref, Mademoiselle aura connu des jours difficiles.

Rappel des faits : si vous êtes une femme, jusqu’à présent (même s’il existe des irréductibles), dans tout papier administratif, vous aviez le choix entre deux cases, respectivement Madame (si vous êtes mariée, sous-entendu implicite, si vous êtes déjà prise (prise > on va y venir !)) et Mademoiselle (si vous ne l’êtes pas, sous-entendu implicite, si vous êtes une fraîche jeune fille disponible sur le marché (c’est bien ça qu’évoque le terme non ? C’est toujours plus agréable de penser à ça qu’à une vieille fille (vieille fille > cette femme contre-nature qui s’est tenue loin des hommes, un sacré mythe aussi sur sa laideur supposée, son aura de sorcière, etc)). J’exagère à peine, car si vous êtes un homme, vous êtes indifféremment appelé Monsieur, que vous soyez marié ou non. Pourquoi cette différence ? Pourquoi considère-t-on comme important de savoir si une femme est mariée ou non, quand cela a si peu d’importance quand il s’agit d’un homme ? Plutôt que de supprimer Mademoiselle, on aurait très bien pu insérer Mondamoiseau, par exemple. C’est ce qu’on appelle un nivellement par le bas. Comme ça, pas de raison, si on sait que je suis pas mariée, on sait aussi que mon copain ne l’est pas. Oui mais. Concrètement le mariage, qu’est-ce que ça veut dire ? Originellement, une femme quitte le nom de son père (oui) pour prendre le nom de son mari (oui). Elle passe donc d’une autorité masculine à une autre, autorité qui affirme sa propriété/son droit sur elle en la marquant de son nom. Vous me direz, les jeunes hommes aussi sont marqués du nom de leur père à la naissance, pas d’injustice là-dedans. Eh bien si. Parce qu’on estimait/estime (aucune idée sur l’emploi du temps le plus approprié ici), à juste titre, puisque c’est encore comme ça que ça marche, qu’un garçon perpétue le nom de famille. Rien dans sa vie ne le fera passer d’un nom de famille à un autre, du moins si tout va bien. Une femme, si. D’où la déception des pères qui n’ont pas de fils, quelque chose de si profondément enraciné dans les mentalités qu’encore aujourd’hui vous trouverez spontanément des traces de cette volonté pour les hommes d’avoir un fils, ou de ne pas avoir d’enfants avec une femme qui ne porte pas leur nom. Interrogez-les là-dessus. Ah mais c’est tellement romantique de prendre le nom de l’homme que vous aimez ! en entends-je déjà rouspéter. Ces féministes alors, elles s’indignent pour tout. Oui on peut tout à fait voir ça comme quelque chose de romantique. D’ailleurs je serai très heureuse de prendre le nom de mon copain si l’on venait à se marier. Mais je serais tout aussi heureuse si lui prenait mon nom à moi. Dans l’idéal romantique de porter le même nom que la personne aimée, je ne vois pas la différence. Pourtant j’en vois déjà (hommes et femmes) qui font la grimace devant cette perspective. Alors oui, je sais, maintenant, on peut coller les deux noms, et autres bricolages étranges pour nous montrer que ça n’est plus si inégalitaire. Il n’empêche que les fondements du mariage sont ce qu’ils sont : la femme est une entité que l’on s’approprie, elle est une monnaie d’échange (preuve par la dot). Lutter pour la suppression du terme Mademoiselle, c’est lutter aussi contre cette représentation là de la femme. Et il me semble que c’est un combat féministe des plus légitimes. Je dirais même qu’il est fondamental.

Je vous déclare mari et femme

Je ne reviendrai pas sur le mariage, mais est-ce que je peux me permettre à ce propos une petite question ? Pourquoi ne dit-on pas « je vous déclare homme et femme » ? Pourquoi la femme dit-elle « mon mari » et l’homme dit-il « ma femme » ? C’est refuser de voir qu’il y a une distinction entre le statut de femme et le statut d’épouse. C’est un abus de langage qui participe encore du patriarcat. Pourquoi n’y a-t-il pas d’équivalent féminin à « mon mari » ? Je suis SA femme. Femme-objet, titre de propriété, on y revient. Le sens d’une telle déclaration est autre aussi : je vous déclare mari et femme = avant d’être mariée, je n’étais pas une femme = une femme s’accomplit dans le mariage. Et le mariage, à la base, on sait ce que ça signifie pour les femmes, n’est-ce pas ?

Sexualité : la femme-objet, la femme-salope

Cette réflexion m’a largement été inspirée par cet excellent article, entrée « Valorisation d’une sexualité violente », qui a mis le doigt sur quelque chose qui m’a toujours fondamentalement dérangée sans que j’arrive à le formuler clairement. Maintenant, c’est fait. Voilà : la femme est toujours un sujet passif quand on parle de sexe. Elle se fait prendre, elle se fait baiser (une excellente réflexion dans cet article sur le double-sens de ce terme, vous montrera encore plus en quoi il est insultant), elle se fait sauter. Elle se fait. Je vous invite vivement à lire cet article, je ne ferai pas mieux en la matière et ça serait du plagiat que de le répéter. Tout est dit, et d’une manière excellente. La sexualité violente, d’ailleurs, participe également de la culture du viol dont nous parlions.

J’aimerais maintenant revenir sur un fait marquant que tout le monde est susceptible d’avoir déjà noté (si ce n’est pas le cas, il n’est jamais trop tard pour y prêter attention). Lorsqu’on insulte une femme, spontanément, ce sont des insultes à caractère sexuel qui sortent. Pute, salope, chienne. Rien de pire pour moi que de voir une femme insulter une autre femme de l’un de ces charmants noms d’oiseaux. C’est pour moi une preuve évidente de formatage, d’intégration d’un certain mythe dont il faut absolument se dépêtrer : celui de la femme salope. On appelle aussi cela le slut-shaming. Les racines  du slut-shaming remontent très très loin, et s’étendent à l’échelle planétaire. Je ne vous fais pas un dessin, mais la religion est au fondement de nos sociétés (il suffit pour le constater par exemple de s’apercevoir que rien de ce qu’on écrit n’a pas déjà été mentionné d’une manière ou d’une autre dans la Bible). Or, toutes les religions stigmatisent la femme comme la pécheresse par qui tout le mal est arrivé (la honte est sur elle) ou comme une tentatrice appelant à se vautrer dans le stupre et la luxure (la honte est sur elle, qui suscite le désir, pas sur l’homme, qui se laisse aller au désir). C’est tout à fait déstabilisant par exemple quand on est une adolescente de s’apercevoir que vos seins suscitent une convoitise dont vous êtes la première étonnée, car pour vous il ne s’agit que d’une partie de votre corps : or, les hommes se l’approprient comme l’objet par excellence de leur désir. Dès lors, vos seins sont partout, vos seins sont matés, comparés, évalués, et on juge à partir d’eux si vous êtes « bonne » ou pas, oubliant que vous avez aussi une tête. Tiens d’ailleurs, ça veut dire quoi, bonne ? La première fois que j’ai entendu ce mot, c’était en primaire. Un garçon amoureux de moi avait fait savoir qu’il me trouvait bonne. Classe, élégant, raffiné. Bonne ? Comme quelque chose de bon à manger ? Ca m’avait parut dégueulasse que ce garçon veuille me manger. Mais je sentais déjà confusément que c’était lié à autre chose. Bonne, ça veut dire qu’on estime que vous êtes une putain de chaudasse avec qui ça va être l’éclate au lit. On fait difficilement plus cash, plus violent, plus  agressif (en primaire ! Et en plus j’avais même pas de seins. Donc ça veut dire que mes seins finalement n’y sont pas pour grand-chose, en fait, il suffit que je sois une femme !). En gros, si t’es bonne, t’es bonne qu’à ça, mais te plaint pas c’est déjà pas mal, te plaint pas c’est ton lot en tant que femme. Certains garçons ne comprennent pas en quoi ce n’est pas flatteur, en quoi c’est dégradant. Bonne, comme un steak. Bonne : je suis un bout de viande que tu veux te taper. C’est juste affreux. Vous pourrez toujours chercher, l’équivalent masculin n’existe pas. Aucune femme ne dira d’un homme qu’il est bon. Pour en revenir aux seins, d’ailleurs, aucune partie du corps masculin n’est le dépositaire d’une telle évaluation. Ne cherchez pas : aucune. Ce qui se passe avec les seins, c’est très particulier. Les hommes ne savent pas eux-mêmes pourquoi ils trouvent ça beau, mais ah si t’as des miches quelle salope tu fais (euh… toutes les femme sont des seins, merde, toutes les femmes sont donc des salopes !). Ce qui est triste, c’est que c’est tellement omniprésent, que certaines femmes ne sont plus capables de se percevoir autrement qu’au travers le prisme de ce regard dégradant d’homme sur la femme. Peut-être espèrent-elles être reconnues, être acceptées, en se fondant dans le système normatif de la femme-salope. Mais non, on va encore estimer que ça vient d’elles parce qu’elles aiment ça, et pas que ça vient de l’homme qui lui a dit qu’elle était bonne. Les femmes portent l’opprobre, les hommes en sont protégés.

Le slut-shaming, c’est, comme dirait Virginie Despentes, faire de la femme une « créature tenue pour responsable du désir qu’elle suscite ». C’est un très très grand paradoxe. Les hommes bourrinent les femmes dans la pornographie et leur enfonce n’importe quoi dans le vagin et l’anus, les hommes estiment avoir de pulsions que les femmes doivent satisfaire, les hommes violent les femmes, et c’est encore de la faute des femmes, ces salopes. J’ai déjà parlé de ça dans mon article sur la prostitution lorsque j’évoquais la marque de l’opprobre, mais c’est sûr qu’il est très confortable et déresponsabilisant pour les hommes d’une part et les femmes qui ne s’estiment « pas comme ça » d’autre part, de penser que certaines femmes aiment ça, que certaines femmes sont des salopes. Un homme qui aime le sexe, normal. Une femme qui aime le sexe : une salope. Un homme qui multiplie les conquêtes ne se verra jamais rien reproché, une femme qui fait de même sera au choix une pute ou une fille facile. La honte sera sur elle. Il y a tout un vocabulaire qu’on applique volontiers aux femmes lorsqu’elles sont entreprenantes en la matière : coquine, elle veut son zizi, cochonne, etc. Je vois mal quelqu’un arriver vers un homme qui en veut pour lui dire affectueusement : coquin ! Non, un homme qui en veut, c’est normal. AFFLIGEANT je vous dis, et cela déssert les deux sexes. Le slut-shaming pollue même jusqu’aux relations de couple. Quelle femme ne s’est pas retrouvée coincée, se demandant si en réclamant ça elle ne passerait pas pour une salope, ou refusant de faire des fellations debout parce que ça fait actrice de cul. C’est tentaculaire, et ça entache même nos rêves. Voilà pourquoi il est très difficile pour une femme de faire confiance à un homme, même après plusieurs mois, années peut-être. Voilà pourquoi il est parfois très difficile pour une femme d’être à l’aise avec son corps de femme, ou même d’être simplement à l’aise avec le désir de l’homme, quand ce n’est pas avec son propre désir qu’elle est en conflit. Voilà pourquoi il faut beaucoup d’amour de la part d’une femme pour être capable de s’abandonner avec confiance à un homme, de faire du sexe avec lui, en évacuant ces images là. Et voilà pourquoi certaines femmes font parfois n’importe quoi avec le sexe en pensant être des femmes libérées. Elles ne font que se conformer aux attentes dominantes des hommes, à l’image d’elles-mêmes que les hommes leur renvoient, et certaines y trouvent leur compte hélas, hélas, hélas. C’est l’idéal du harem adapté à la réalité. Tiens, ça peut rappeler ce que l’on a pu observer lors de la révolution sexuelle des années 70: beaucoup d’hommes de gauche étaient très partisans des nouveaux moyens de contraception lorsqu’il s’agissait de pouvoir baiser plus sans se prendre la tête avec des considérations comme la fécondation. Bizarrement, lorsqu’il leur est apparu que la préoccupation majeure des femmes n’était peut-être de pouvoir baiser plus sans se prendre la tête, mais bel et bien de contrôler elle-même leur sexualité, avec qui et quand elle le voulait, dans une vraie indépendance et sous couvert d’une autonomie incontestable, tout de suite, certains ont été moins enchantés. Il est certain que l’on est plus heureux en ne réfléchissant pas et en se laissant porter par les représentations véhiculées sans chercher à s’en écarter.

Femmelette !

Dans le registre dépréciatif, se faire traiter de femmelette ou de fillette n’est pas très bien vu quand on est un homme. Cette insulte, qui se retrouve fortement dans des milieux comme l’armée, veut bien dire ce qu’elle veut dire : la femme est fragile, nunuche, douillette. Rien à voir avec la virilité crasse dont on se targue dans ce genre de groupes. Stéréotype, quand tu nous tiens… Autres appréciations du même acabit : faire sa vierge effarouchée, ça c’est pour les jeunes filles en fleurs ou les adolescentes prépubères, etc.

Les métiers à rude épreuve 

Sage-femme, femme de ménage… Voilà des métiers très fortement connotés, car rattachés aux anciennes fonctions attribuées à la femme : les enfants, c’est pour elles, le ménage, c’est pour elles ! Tellement évident qu’on a même inventé des mots pour ça. Pas de réparation encore. Leur équivalent masculin n’existe pas dans le langage actuel. De même, il n’existe pas d’équivalent féminin à bon nombre de métiers encore, tandis que d’autres s’adaptent aux deux sexes, démontrant ainsi une sorte d’incohérence. Que faisons-nous dans le cas de ces métiers ? Eh bien, nous rajoutons « femme » devant, comme un suffixe étonnant: femme médecin, femme écrivain… Contribuant par là-même à marginaliser les femmes (marginaliser: littéralement, mettre en marge). Et puisqu’on est dans le sujet: avez-vous entendu parler de la polémique Wikipédia à propos des grands auteurs américains ? Une sous-catégorie a été créée pour y regrouper les femmes écrivains, l’encyclopédie pour tous plaidant le manque de place/la surcharge dans la simple catégories « écrivains américains ». Actuellement, le nom de la nouvelle catégorie est toujours en débat. Plutôt que de créer la page « Grands écrivains américains (2) », par exemple, on a donc préféré laisser « Grands écrivains américains » et créer la page « Femmes écrivains américains », marginalisant ainsi, consciemment ou non, la place non moins importante des femmes dans la littérature américaine. Wikipédia étant une encyclopédie pour tous, on peut légitimement s’inquiéter du sexisme pour tous qu’elle semble diffuser au travers de cet exemple.
Pour en revenir aux métiers, et puisque nous sommes dans la dissection langagière, que pensez-vous de l’adage selon lequel une femme qui occupe un poste à responsabilités a « couché pour réussir », et autre médisances subtiles du genre « passe sous le bureau si tu veux obtenir une augmentation ». On admet très difficilement qu’une femme qui gravit les échelons supérieurs le puisse grâce à rien moins ni plus que ses compétences professionnelles… attendez, comme les hommes en fait ? Non. Une femme doit toujours se justifier de réussir. Si elle échoue, c’est parce qu’elle est une femme, si elle réussit, c’est qu’elle est une exception. Pas ou peu de demie-mesure. Un milieu particulièrement illustratif: l’industrie du jeu vidéo. Une femme ne peut pas être concepteur de jeux-vidéos. Elle est une « femme concepteur de jeux-vidéos ». Relevez la nuance, ça commence à déranger hein ?
Je pense soudain à une scène du film OSS 117 qu’on m’a racontée: Jean Dujardin croit avoir face à lui une secrétaire et la traite comme telle, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il a affaire à une PDG. L’humour ici (irrésistible, hein, qu’on se le dise) vient du fait qu’à la jeune femme qui lui rétorque vivement qu’elle n’est pas sa secrétaire, il réponde: « Ben vous êtes la secrétaire de qui ?! »… ne pouvant décidément pas envisager qu’elle puisse être autre chose.
(Et tiens, ça va chercher plus loin que le langage, mais à propos des femmes chefs d’entreprise, que penser de certains hommes qui se sentent encore dévirilisés lorsqu’une femme gagne plus qu’eux, ou d’avoir une femme comme chef ? Bien plus courant qu’on ne le croit !)

Toutes les femmes sont folles

Hystérique, comme je vous l’expliquais dans l’article introductif de ce blog, partage la même étymologie que le mot utérus. C’est insidieux, l’étymologie, c’est pervers… Ca peut se faire passer comme une preuve irréfutable, car les racines de la langue, ça, c’est quelque chose. Puisque la racine est similaire, on considère comme allant de soi que l’hystérie soit une caractéristique totalement féminine. Un homme qui gueule a du caractère, une femme qui gueule est une hystérique. Comme ça c’est dit. Tiens, d’ailleurs, d’où vient le mot hystérique ?

L’hystérie, n’ayons pas peur des mots, est une maladie. L’oublier, c’est comme traiter quelqu’un de mongol en oubliant qu’il s’agit là aussi d’une maladie. Donc c’est triste, donc c’est pas très drôle. Ne me reprochez pas de ne pas avoir le sens de l’humour. L’hystérie se caractérise par des crises émotionnelles violentes parfois très théâtrales, avec mouvements incontrôlés du corps. Elles se terminent par une fatigue accablante. Les raisons qui déclenchent ces crises sont d’ordre psychique, il est très difficile d’établir de quoi elles partent, mais il a été prouvé qu’elles proviennent de la conscience d’une pression, de quelque ordre qu’elle soit, ou d’un conflit, résultant d’un blocage. Dans le cas qui nous intéresse, c’est-à-dire les femmes, j’ai ma petite idée sur les causes ayant déclenché ces crises. Exposition de la thèse.

L’hystérie vient des femmes, dit-on. Cette maladie, répertoriée au XIXème siècle, a été qualifiée comme telle immédiatement, et on a conclut un peu vite que, les femmes étant des créatures émotionnellement fragiles (a contrario des hommes), elle était inhérente à leur faible nature. Aha. Permettez-moi de récapituler. Nous le verrons dans un prochain article sur la sœur de Shakespeare, les conditions de vie des femmes étaient tout ce qu’il y a de plus déplorable. Partout, on leur affirmait qu’elles étaient inférieures aux hommes. Ne joue pas de piano, c’est trop de passion, ne lis pas, c’est trop compliqué, ne parle pas, tu ne comprends pas les enjeux, ne réfléchis pas, tu es bête. Epouse ce monsieur, donne-lui un fils, satisfais-toi d’être une mère. Racommode ses habits, comble-le sexuellement, tu n’es pas un être humain avec une volonté propre. Tiraillées entre la certitude intérieure qu’elles étaient l’égal de l’homme et la pression extérieure pour se cantonner au rôle qui leur incombait. Et avec tout ça, on s’étonne que des crises émotionnelles violentes se soient déclenchées ? Non mais sérieusement, on s’en étonne ? Est-ce inhérent à la nature des femmes, ou à ce que la société des hommes a fait d’elle, ne leur accordant qu’un rôle mineur, abêtissant, en leur disant sans cesse qu’elles ne valent rien ? Hein ? Je ne sais plus quel intellectuel sérieux avait cru bon de dire que la plus intelligente des femmes ne valait pas le plus bête des hommes. Et on s’étonne de ce que certaines femmes aient été hystériques. Mais laissez-moi rire ! Ou plutôt, laissez-moi vomir devant tant d’hypocrisie. D’ailleurs, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer ce tableau représentant un éminent docteur donnant à voir à ses étudiants une patiente hystérique, corps-spectacle de la femme, comme un cas intéressant.

hystérie

Ca me fait penser à des choses plus sombres, comme les expériences des médecins nazis sur les corps juifs : si je mets un peu de ça, qu’est-ce que ça fait, et un peu de ça, à ça tient plus… Ben là pareil : si je la force à épouser ce vieux dégueulasse qui aura tous les droits sur elle, qu’est-ce que ça fait, tiens et si je lui disais de raccommoder mes chaussettes au lieu de lire parce qu’elle est bête, qu’est-ce que ça fait, et si je lui faisais six gosses parce que j’ai envie de baiser, de toutes façons c’est elle qui s’en occupera, alors, qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce que ça fait ?

Confusion Homme/homme

Je me permets de citer à ce propos un excellent passage du livre fondamental Reflets dans un œil d’homme de Nancy Huston. Elle parle d’une néfaste homonymie du terme qui désigne notre espèce (l’Homme) et de celui qui désigne le genre masculin (l’homme). Le résultat, nous le connaissons : la rédaction de textes innombrables où l’on glisse de l’un à l’autre non seulement sans le signaler, mais sans non plus le remarquer. Et la femme dans tout ça ?

Le pluriel s’accorde au masculin dès lors qu’il y a une entité masculine dans l’ensemble

On en reparle, de ça ? A commencer par… mais d’où est-ce que ça sort ? Ca, pour être complètement arbitraire et unanimement accepté au point que personne ne songe à le remettre en cause et que vous auriez l’air débile rien qu’à l’évoquer… ben, on y est. Ca va chercher loin, je vous l’accorde, mais on est d’humeur polémique aujourd’hui !

ATTENTION CETTE LISTE EST NON-EXHAUSTIVE ET PEUT S’ENRICHIR DE NOUVEAUX EXEMPLES, CAR ILS NE MANQUENT PAS. VIGILANCE CONSTANTE !

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2 réflexions sur “Tourne ta langue sept fois

  1. Bonjour,

    J’ai découvert ton blog hier, et je me permets de commenter pour te dire que tu écris très bien!
    J’espère que tu vas continuer longtemps.
    Tu fais partie de ma longue blogroll de sites féministe/vegan.
    Tu attaques des gros morceaux (prostitution, culture du viol, langage) qui sont déjà documentés et commentés, mais ça fait du bien d’en parler encore.
    Surtout que tu mets des mots justes en parlant de colère hystérique devant la condition des femmes.
    C’est totalement injuste, infondé et incroyable qu’on permette des distinctions alors qu’on se targue d’avoir un cerveau, une civilisation et OLALA une morale. Carrément. Mais surtout ne pas sortir de sa zone de confort, c’est pas moi, c’est les autres.

    Longue vie à toi,

    Barbara

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